Comment le documentaire « Naza » est devenu une crise médiatique pour Israël
Le récit du film sur les victimes civiles présumées à Gaza a suscité des réactions politiques, sécuritaires et diplomatiques des autorités israéliennes, amplifiant l’attention internationale.
Le documentaire « Naza », fondé sur des témoignages que ses auteurs attribuent à 24 soldats et agents du renseignement israéliens, examine les pratiques de ciblage et les victimes civiles pendant la guerre à Gaza. Après avoir remporté un Prix spécial du jury à Venise, il a suscité des condamnations et des propositions d’enquêtes de la part de responsables politiques, militaires et sécuritaires israéliens. Israël a également diffusé des consignes diplomatiques pour contester les allégations du film. Les rapports cités dans la source indiquent que cette réaction a contribué à accroître la visibilité médiatique internationale du documentaire. Les affirmations du film et les réponses officielles restent contestées.
TÉHÉRAN — Le documentaire « Naza », réalisé par Yuval Abraham et Rachel Shor, est devenu au centre d’un conflit politique et médiatique en Israël après avoir présenté ce que ses auteurs décrivent comme les témoignages de 24 soldats et agents du renseignement israéliens sur l’identification des cibles et l’évaluation des victimes civiles pendant la guerre à Gaza.
Le film a reçu le Prix spécial du jury au Festival du film de Venise, où sa première a été suivie d’environ 25 minutes d’applaudissements debout, selon le rapport. L’accueil qui lui a été réservé a rapidement dépassé le cadre des festivals de cinéma, suscitant des réactions de responsables politiques, militaires et sécuritaires israéliens et attirant une attention accrue des médias internationaux.
Réaction politique israélienne
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé les réalisateurs de contribuer à ce qu’il a qualifié d’« incitation antisémite mondiale » et a critiqué l’accueil qu’ils ont reçu à Venise.
Le ministre de la Culture et de l’Éducation, Miki Zohar, a également condamné le film et évoqué la possibilité de retirer la citoyenneté israélienne d’Abraham et de Shor. Il a ensuite demandé au ministère de l’Intérieur d’examiner si une procédure de retrait de leur citoyenneté pouvait être engagée.
Selon la chaîne israélienne 11, Zohar a également écrit à David Zini, le chef du Shin Bet, pour demander une enquête sur les sources et le traitement des informations utilisées dans le documentaire. La demande aurait notamment porté sur l’identité des personnes ayant fourni ces informations, la manière dont elles avaient été obtenues et la question de savoir si des informations classifiées avaient été divulguées ou utilisées illégalement. Zohar a également évoqué la possibilité d’une implication étrangère et allégué l’existence de liens entre certaines personnes impliquées et le Hamas.
Préoccupations militaires et sécuritaires
L’armée israélienne a rejeté le contenu du film et qualifié ses allégations de fausses. La chaîne 13 a rapporté que le chef d’état-major avait ordonné l’examen d’éventuelles poursuites judiciaires contre le film et les personnes impliquées dans sa production, ainsi qu’une enquête sur une possible fuite d’informations classifiées.
Lors d’une réunion spéciale avec de hauts commandants, le chef d’état-major Eyal Zamir aurait déclaré que « Naza » présentait une image inexacte de la conduite de l’armée israélienne et ne tenait pas compte des efforts visant à réduire les dommages causés aux civils. Il a présenté le film comme faisant partie d’un effort organisé visant à saper la légitimité de l’armée et de l’État israélien.
Un groupe de travail spécialisé a ensuite été créé pour examiner les allégations du film et élaborer des réponses. L’unité du porte-parole de l’armée a également reçu pour instruction d’organiser des entretiens avec de hauts commandants et responsables ayant servi pendant la guerre à Gaza, notamment des pilotes et des agents du renseignement, afin de présenter le point de vue d’Israël.
Efforts diplomatiques
Alors que la couverture médiatique de « Naza » s’intensifiait, la réponse d’Israël s’est également étendue au domaine diplomatique. Haaretz a rapporté que le ministère des Affaires étrangères avait diffusé des consignes aux ambassades et missions diplomatiques israéliennes, leur indiquant comment aborder le film ainsi que ses conséquences politiques et médiatiques.
Ces consignes portaient apparemment sur le rejet des allégations du film et sur la mise en avant du récit officiel d’Israël concernant la guerre à Gaza. Elles attribuaient également les morts civiles au Hamas et alléguaient que le groupe utilisait des civils comme boucliers humains. Dans le rapport, ces affirmations étaient présentées comme faisant partie de la réponse d’Israël et n’ont pas été vérifiées de manière indépendante dans le matériel fourni.
Le Conseil israélien du cinéma a annoncé une réunion urgente sur les procédures d’évaluation des films représentant Israël lors d’événements internationaux. Zvi Sukkot, président de la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports de la Knesset, a également appelé à la tenue d’une session spéciale sur le documentaire. Des manifestations devant le domicile d’un membre de la famille de l’un des réalisateurs ont en outre été rapportées.
Une réaction qui a accru l’attention
Selon des sources diplomatiques citées par Haaretz, la réponse israélienne a généré davantage de couverture médiatique que le film n’en aurait probablement reçu autrement. Une source au ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que la question des meurtres de civils aurait de toute façon pu devenir un sujet médiatique, mais que l’intervention de l’État avait suscité une attention supplémentaire.
Un diplomate européen a déclaré à Haaretz que la colère et les réactions très vives des responsables israéliens avaient élargi l’intérêt pour le documentaire au-delà du public cinéphile et lui avaient donné une visibilité internationale plus large. Le diplomate a indiqué qu’une grande partie de la couverture ultérieure portait non pas sur le film lui-même, mais sur le traitement réservé à ses auteurs par les autorités.
Des médias internationaux ont ensuite rendu compte du documentaire, des menaces de retrait de la citoyenneté des réalisateurs et de la possibilité d’enquêtes judiciaires ou sécuritaires sur sa production. Un journal allemand a publié à la fois un article sur le film et un autre, distinct, sur les attaques visant ses créateurs. Les médias britanniques, qui avaient initialement couvert le documentaire principalement dans leurs rubriques culturelles, auraient élargi leur couverture après la réaction israélienne.
Le rapport fourni présente « Naza » comme étant passé du statut de documentaire présenté dans un festival à celui d’objet d’un différend plus large impliquant le cinéma, la politique, la sécurité, la diplomatie et des récits concurrents de la guerre à Gaza. Ses allégations, ainsi que les réponses officielles qui leur ont été apportées, restent contestées dans le matériel fourni.








